C’est quoi, le CBAM (ou MACF) ?
Les usines européennes paient pour le CO2 qu’elles émettent. Pour que la concurrence soit équitable, l’Europe fait maintenant payer le même prix aux produits qui y entrent. Chaque tonne de ciment vendue en Europe a désormais un prix carbone.
Quels produits sont concernés ?
Les produits en acier, aluminium, ciment et engrais, ainsi que l’hydrogène et l’électricité. Notre cimenterie est donc concernée.
Je vends moins de 50 tonnes par an en Europe. Suis-je exempté ?
Pas forcément : c’est le piège le plus fréquent. Le seuil de 50 tonnes concerne l’importateur, pas l’exportateur. Il se calcule sur tout ce que votre client importe en un an, tous fournisseurs et tous produits confondus (acier, aluminium, ciment, engrais), hors hydrogène et électricité. Si vous vendez 30 tonnes à un client qui en importe 5 000, vos 30 tonnes sont concernées. Et ce ne sont pas « 50 tonnes gratuites » : au-delà du seuil, toutes les tonnes de l’année comptent.
Qui paie ?
Sur le papier, l’importateur européen. Dans la réalité, il demandera une baisse de prix, ou ira chez un concurrent moins émetteur.
Quelles émissions sont concernées, et comment les calcule-t-on ?
Uniquement les émissions liées à la fabrication du produit, dans l’usine qui le fabrique : les émissions intrinsèques. Elles sont de trois sortes : les émissions directes : combustible brûlé dans le four, CO2 libéré par la cuisson du calcaire ; les émissions indirectes, liées à l’électricité : elles comptent pour le ciment et les engrais, pas pour l’acier, l’aluminium et l’hydrogène ; les matières intermédiaires, comme le clinker dans le ciment ou la fonte dans l’acier. On additionne ces émissions sur l’année à partir des données réelles de l’usine (tonnes de combustible, kWh, production), puis on divise par la quantité produite. Pour notre cimenterie : environ 0,65 t de CO2 pour le four et le calcaire, plus 0,05 t pour l’électricité, soit 0,70 t de CO2 par tonne de ciment, ou 70 000 t de CO2 pour 100 000 t exportées.
Non, et la confusion est fréquente. Un bilan carbone mesure toutes les émissions d’une entreprise sur un an : usines, bureaux, camions, achats, déplacements, déchets. Le CBAM demande beaucoup moins large, mais beaucoup plus précis : les émissions d’un produit, par tonne, dans l’usine qui le fabrique. Un bilan carbone est utile, mais il ne remplace pas le calcul CBAM.
Combien ça coûte ?
L’Europe offre encore des quotas gratuits à ses usines, calculés sur une référence : les émissions des usines européennes les plus performantes. En 2026, 97,5 % de cette référence reste gratuite, et l’importateur bénéficie de la même déduction. Il paie tout ce qui dépasse. Notre cimenterie émet 0,70 t par tonne ; la part gratuite est d’environ 0,48 t. Son client paie donc sur environ 0,22 t, soit environ 18 € par tonne avec un prix du carbone autour de 82 € . Pour 100 000 tonnes : environ 1,8 million d’euros dès 2026. En 2034, quand la part gratuite aura disparu : environ 5,7 millions d’euros par an.
Et si la cimenterie ne donne pas ses chiffres ?
Le client utilise une valeur par défaut fixée par l’Europe, souvent plus élevée que la réalité, et majorée : +10 % en 2026, jusqu’à +30 % à partir de 2028. Pour le ciment, elle peut atteindre 1,58 t de CO2 par tonne en 2026 , au lieu de 0,70. La facture passe alors d’environ 1,8 à 9 millions d’euros dès 2026 : plus de 7 millions d’euros perdus en un an, simplement faute d’avoir fourni ses vrais chiffres.
Qui vérifie les chiffres ?
Des chiffres réels ne comptent que s’ils sont vérifiés par un vérificateur indépendant, accrédité par un organisme d’accréditation européen. Il peut être basé en Europe ou ailleurs, mais son accréditation doit venir d’Europe. C’est l’exportateur qui le choisit et le paie, et il doit être indépendant : le consultant qui a fait les calculs ne peut pas les vérifier. Les chiffres vérifiés sont ensuite partagés avec les clients européens via le registre officiel du CBAM.
Où se passe la vérification ?
Dans l’usine qui fabrique le produit. Le vérificateur visite le site, observe la production, contrôle les compteurs et leur étalonnage, examine factures et registres, et interroge les équipes. Pour les données de 2026, la visite sur place est obligatoire dans chaque usine. Ensuite, si rien n’a changé, elle peut parfois se faire à distance, mais une visite physique reste obligatoire au moins tous les deux ans. Les vérificateurs accrédités sont encore peu nombreux : mieux vaut réserver tôt.
C’est pour quand ?
La déclaration et la restitution des certificats pour l’année 2026 auront lieu au plus tard le 30 septembre 2027. Les chiffres de 2026, c’est donc maintenant qu’il faut les collecter, pas en 2027.
Que doit faire un exportateur dès maintenant ?
Cinq actions : lister les produits vendus en Europe et vérifier leurs codes douaniers ; identifier les clients européens qui dépassent 50 tonnes par an ; collecter les données de 2026 (production, combustibles, électricité, matières premières) ; calculer les émissions de chaque produit ; réserver un vérificateur accrédité, puis transmettre les chiffres vérifiés à ses clients.
À retenir : donner ses vrais chiffres n’est pas seulement une obligation, c’est un argument commercial. La cimenterie qui prouve qu’elle émet moins devient le fournisseur le moins cher pour ses clients européens.
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